Cadeau empoisonné pour les travailleurs de la construction !
Si l'on croyait les affirmations de la SSE, Société Suisse des Entrepreneurs, rien ne changerait pour les travailleurs de la construction au 1er octobre 2007. Les entreprises continueraient à respecter les dispositions de la Convention Nationale. Mieux encore, les bâtisseurs bénéficieront selon la décision de la SSE d'une augmentation salariale moyenne de 2,7% dès le 1er janvier 2008.
Effectivement, les entrepreneurs veulent amadouer les travailleurs et les dissuader de participer à de prochaines manifestations ou grèves localisées.
Intervention d'Ernst Zülle, responsable de la branche Construction
Suppression des contrôles
Jusqu'à fin septembre, les commissions paritaires cantonales contrôlent le respect des salaires et des conditions de travail. Les entreprises fautives sont sanctionnées par des amendes et doivent honorer les prestations contractuelles. Actuellement, toutes les entreprises sont traitées sur pied d'égalité et les entreprises sérieuses ne souffrent pas de la concurrence déloyale que pourrait leur faire les entreprises incorrectes.
Qui va contrôler l'augmentation salariale annoncée ?
La décision patronale d'augmenter les salaires de 2,7% en moyenne dès le 1er janvier 2008 est alléchante mais la question se pose de savoir qui va contrôler le versement effectif de cette amélioration salariale. Seuls les travailleurs oeuvrant dans une entreprise membre de la SSE auront le droit à une augmentation générale de 1,3%. Moquerie absolue : la SSE qui supprime d'un trait de plume la contribution professionnelle de 0,7% prétend que cette suppression est une augmentation salariale. Au sujet de l'augmentation individuelle des salaires, nous craignons que beaucoup d'entreprises ne la verse pas. Les entreprises non membres et les maisons de travail temporaire de même que les travailleurs détachés ne sont pas contraintes d'appliquer les recommandations salariales de la SSE. Ce groupe se frotte les mains, économise sur les salaires et profite ainsi dès le 1er octobre 2007 d'un avantage concurrentiel déloyal.
Convention avec les maisons de travail temporaire (Swissstaffing)
La SSE annonce que Swissstaffing, organisation faîtière des maisons de travail temporaire appliquera les mêmes dispositions salariales et sociales que ses entreprises. En réalité, les maisons de travail temporaire ne sont plus obligées, dès le 1er octobre 2007, d'appliquer les salaires minimaux. Avec la disparition de la convention nationale et de sa force obligatoire, les maisons temporaires peuvent payer des salaires largement au dessous des taux minimaux actuels. La convention annoncée hier à l'opinion publique n'est pas obligatoire et ne fera l'objet ni de contrôles ni de sanctions. Les maisons temporaires peuvent sans être inquiétées recruter "des travailleurs étrangers bon marché" et presser les salaires. Les médias ont d'ailleurs annoncé récemment que les salaires des travailleurs des maisons temporaires baisseraient massivement à cause du vide conventionnel.
Formation professionnelle sans participation
Bien que des dates de négociations ont été convenues entre syndicats et SSE au sujet du maintien des fonds d'application et de formation du Parifonds, les entrepreneurs ont sorti de leur chapeau un fond de formation uniquement patronal. Ce fond patronal de formation servira-t-il les prestations actuelles de formation et de perfectionnement professionnel : la question est ouverte ? Dans les faits, les représentants des travailleurs sont purement et simplement écartés de la participation. Unilatéralement, les entrepreneurs décideront du programme et du financement de la formation et du perfectionnement professionnel.
Cent heures négatives pour les cadres de la construction
En signant une convention avec l'Association Suisse des cadres de la construction, la SSE a introduit le cheval de Troie auprès des contremaîtres de la construction. Dans le dos des syndicats Syna et Unia qui possèdent pour les cadres une convention parallèle à celle citée ci-dessus, l'Association Suisse des cadres (organisation syndicale ouvrière) a convenu d'introduire dans la convention qui la lie avec la SSE plus de flexibilité horaire par le biais de cent heures en plus et 100 heures en moins. Cette flexibilité signifie que les cadres devront prendre congé en cas d'intempéries et rattraper les heures perdues par beau temps.
Les syndicats se posent la question fondamentale du pourquoi de la dénonciation de la convention nationale alors que la SSE prétend, urbi et orbi, qu'elle continuera à l'appliquer. Les modifications salariales et autres annoncées par la SSE sont un cadeau empoisonné pour dissuader les travailleurs de la construction à participer à des actions de protestation. Certaines entreprises exigent même que leurs collaborateurs s'engagent par écrit à ne pas participer à des manifestations et à la grève. Des dizaines de milliers de travailleurs ne céderont pas à cette pression et se battront avec leurs syndicats pour le maintien des conditions salariales et sociales et contre le dumping salarial.
Version portable (PDF)
Autres renseignements:
Ernst Zülle, responsable national de la construction 079 276 63 79
Pierre-Alain Grosjean, responsable romand, 079 411 15 87
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